Sans Coeur

Bientôt l‘ été ? Pour l‘ instant je ne vois rien venir ?? ni soleil, ni chaleur, etc. : peu d‘ horizon. Sans doute le moment de faire une pause, un bilan, les comptes. Un monde profondément faux peut-il vraiment courir à sa perte ? Et si oui : comment. Poursuivons, comme d‘ habitude, ne serait-ce que pour voir par quoi demain sera défait.

»Ceux qui déclarent que l‘ art ne doit professer aucune doctrine entendent ordinairement par là aucune doctrine opposée à la leur.« (Jorge Luis Borges)     

En fait j ai plutôt le moral moi, ces derniers temps. Rien n‘ y fait : ni le volcan, ni la Grèce, ni la fin de l‘ euro, ni le crash présidentiel Polonais, ni les dettes publiques ( bien pires que la mienne ! ). Dans toute crise on doit bien avoir quelque chose à perdre je pense, mais à ce stade du Guignol Planétaire, savoir quoi au juste relève quasiment du fantastique – »At midnight mirk, In secrecies, I nurse« ( Ezra Pound ) – Quelque chose a forcément dû rater dans la globalisation puisque il semble que plus les enseignes marchandes se concentrent ( bientôt le Stalinisme marchand, ce qui confirme que le »communisme réussi«, c‘ est bien le néo-libéralisme capitaliste ), plus les gens font autre chose. L‘ être humain n‘ est pas si amnésique que nos banques, nos telecomm ou nos assureurs ( qui eux le sont de plus en plus par contre ), aimeraient à le croire. Le rêve intégral du marché : l‘ impôt commercial ( révolutionnaire !), l‘ abonnement à vie ( voire sur trois générations si possibles et au minimum ), la dette infinie, sans fond, sans limite : bref celle qui est en train de se retourner tel un Tsunami des grands jours, mais sur eux cette fois. Dans l‘ une des nombreuses manifestations grecques des dernières semaines, j‘ ai entendu ceci : »si nous refusons le plan de remboursement, alors ce seront aux banques de payer, pour une fois« – pas si simple mais pas non plus si simpliste qu‘ on le pense – »Ne va pas plus dans leur sens, me dis-je, qu‘ eux ne sont allés dans le tien, au sens propre comme au figuré.« ( Thomas Bernhard, Mes prix littéraires )

La politique c‘ est depuis longtemps autant la valeur du symbole ( sinon plus ), que ses effets : alors comment tenir encore ensemble une société où des états peuvent vivres à crédit total, et ses citoyens se voir refuser tout emprunt ? Des états acheter l‘ argent à des taux en dessous des 3 % , et des particuliers subir jusqu‘ a 21 % ( le taux de l‘ usure : en dessous des 22 % ) ? Ca commence à se voir, et c‘ est bien. Il y aura des populismes ( partout déjà ), il y aura de la violence ( ca commence ), mais il y aura aussi du mouvement – »La gaieté rassemble peu, le rire encore moins, l’humour pas du tout. Et l‘ ironie sépare.« (Philippe Muray, Le Portatif )

Alors pour quand ( Europe, monde et partout ), une carte avec l‘ Asie au centre ? A quand une carte du monde Arabe qui souligne toutes les nuances, les différences, les reliefs, l‘ histoire ? L‘ Europe est deux fois vieille, improductive, totalement inégalitaire sous couverts de démocratie générale, sans souffle. Aucune chance d‘ évoluer, ni travail de qualité, pour les jeunes, les immigrés, les hors circuits, les novateurs. La médiocratie savoure ses derniers petits fours pendant qu‘ elle regarde le navire couler à pic : rien ne la fera réagir sauf les armes, la guerre, l‘ » ultime-final « ( en musique forcément ). – »Quoi que je fasse, les gens protestent.« ( R. W. Fassbinder ) – L‘ Afrique , elle, se fait manger par les chinois depuis un moment déjà, mais l‘ Afrique est une force ?? Je vous raconte tout cela, alors que vous le savez déjà. Alors que je passe mes journées à lire ( des livres et beaucoup de musique classique pour guitare : Sor, Tarrega, Carcassi, Ségovia, Diabelli, Coste, Pujol, Sanz, Ponce, Scarlatti, Dowland, Brouwer etc. … ). Peu importe, et pourtant si. En relisant Lautréamont ( les chants de Maldoror ), je retrouve ceci : »J‘ ai fait un pacte avec la prostitution afin de semer le désordre dans les familles«. C‘ est a peu près ce que les marchés financiers ( et ses golden-slaves de traders ) viennent de se payer. Mais la différence est de taille, et je vais insister dessus. L‘ artiste s‘ attaque au sens là où les marchés sont dépourvus de sens. Dans un cas toute l‘ humanité reçoit une oeuvre ( et même si cela lui prendra quelques siècles pour la déchiffrer, peu importe ), dans l‘ autre un clan d‘ initiés s‘ enfuient avec l‘ argent des autres. L‘ un invente l‘ air, l‘ autre le tracteur. Si il y a une chance, même infime, que ce monde-là tremble, c‘ est bien au sens que l‘ on viendra s‘ en remettre pour construire à nouveau ( je suis utopiste, je le sais, sinon je ferai un » vrai « métier ).

»Je suis un destructeur d‘ histoires, je suis le typique destructeur d‘ histoires. Dans mon travail, quand apparaissent quelque part les signes avant-coureurs d‘ une histoire, ou simplement quand je vois se dessiner quelque part au loin, derrière une colline de prose, un soupçon d‘ histoire, je tire à vue« ( Thomas Bernhard, Drei Tage ) – Tout est dit dans ces lignes. L‘ art est du coté de la vie, de l‘ insémination ( donc du jouir aussi ), là où ce monde des chiffres touche bien plus rapidement à ses limites ( et ses fins aussi, certes ). On peut très bien s‘ »empoisonner« ( choisir ses drogues favorites ) quotidiennement sans effets négatifs mais à une seule condition : que les doses restent dans la limite des chiffres » humanisants «. Pour ce qui touche au sens ( dans tous les sens ), il n y aura jamais de limites, voilà tout, allez-y sereins – »All I do is sit and sigh-ee-yi-ee-yi-yiii …« ( Hank Williams ). Faites vos propres jeux, la roue tourne !