La Voix de Son Maître

Dernières nouvelles: »Les Majors prévoient l’arrêt total et définitif du format-CD pour la fin 2012 (voire même avant), au profit unique du téléchargement et streaming, via le portail de vente en ligne iTunes ainsi que d’autres sites associés«. Et alors?

»Je me suis toujours demandé comment Michael Jackson avait bien pu faire pour débuter en chanteur noir et finir en jeune fille blanche …« (Phil Spector)

»Le Client n’a pas forcément toujours raison« (Enzo Ferrari)

Jusqu’ici je pense avoir à peu près tout essayé sauf le rouleau et le Blu-Ray … sinon: K7, LP, EP, Single, Maxi, Mini Disc, CD, mp3, m4p, Picture Discs, DAT, Bandes 16 Pouces, Bandes 24, K7 4-Track, Disquettes, Disques Durs, VHS, Clé USB, CDR, DVDR, CDRW, Mini Cassettes, et je ne sais quoi encore, tout ou presque. Puis tout le merchandising ensuite: tee-shirts, porte-clés, posters, casquette, serre-poignet, sangle de guitare, albums de vignettes à collectionner, livres collectors ou anniversaires, médiators, pins, bijoux miniatures, maquettes, figurines, calendrier, bootlegs, chewing-gum, sous-bocks, préservatifs, stylos, chaussures, gel intime, parfums, etc. …

Vous vous en doutiez certainement déjà, jamais l’industrie du disque ne vous aura véritablement vendue de musique. Pas de contenu, que des contenants (Lecteur CD, Téléphone portable multifonctions, nouvelle génération, abonnements divers, Lecteur MP3, visiophone et autres écrans). C’est l’écran que l’on achète, comme au cinéma on loue une place, sans devoir adhérer à un film.

Dès le départ la guerre fut ouverte, en toute logique commerciale, si peu artistique: on découpa les symphonies pour les faire entrer dans des coffrets, on scia des opéras, Charlie Parker n’avait plus que seize mesures pour tout dire (au lieu des quatorze ou quinze chorus complets qu’il prenait chaque soir en club), puis le marché n’ayant de limites que ses ventes, on déterra des alternates et inédits que les artistes, en accord avec pas mal de producteurs d’ailleurs, avaient soigneusement cachés dans les placards (deux exemples notoires: le »Somethin‘ Else« de Cannonball Adderley, merveille d’album, bijoux d’équilibre détruit par l’édition CD et son Bonus Track, un blues sans la moindre magie, sans doute simple tour de chauffe pour régler les micros – le »Africa« (Alternate Take) de John Coltrane (sur »Africa/Brass«), même jour, même personnel et la sauce qui ne prends pas, l’envol qui s’enfonce de minutes en minutes …). Oui, le CD c’est ça aussi: souvent Less Is More – »En musique il est assez facile de reconnaître ce qui est bon, et plus difficile de savoir ce qui est mauvais« (David Geffen). Prix du disque au kilo, avec l’arrivée du CD la durée possible explosa (passant de 30 minutes à 75), les coûts de production stagnèrent, mais le prix de vente doubla quand même: Magic Trick. Les artistes, leurs producteurs, encore moins les directeurs commerciaux, ne se soucièrent un instant (une fois de plus) des contenus, mais bel et bien du marché qui s’ouvrait. Marché de dupe dont au fond je pense que nous avons tous été partie-prenante, responsable, des deux coté du haut-parleur, de la caisse. Les musiques faibles mais acceptables sur vingt-cinq minutes, devinrent une vraie torture dépassant l’heure, en CD.
Qu’avions-nous à y gagner ? Une qualité de son dite supérieure (ADD, DDD etc.), qui ne fait aucune différence dans un walkman, sur la bande FM ou une chaine hi-fi standard, surtout lorsque la plupart d’entre nous écoutent de la musique en faisant autre chose: la cuisine, l’amour, la lessive, le ménage … Par contre l’industrie sait faire, sait vendre, rendre l’objet absolument incontournable. Ainsi je crois avoir acheté un même album déjà au moins quatre fois: Vinyle, K7, CD et maintenant MP3, tout cela en moins de vingt ans. La fin annoncée du CD c’est surtout l’ouverture de la chasse, et en cela je me réjouis drôlement. C’est la fin de certaines pratiques obscures, en cercles d’initiés, de producteur à distributeur, de chaines à revendeurs, tout cela bien peu musical. Le passage au digital downloadés c’est la possibilité de retourner voire inverser les tendances (certes pour combien de temps, avant que les vieux réflexes reprennent leur place?). Depuis peu les jeux vidéo sont passés devant le cinéma en terme de part de marché, la première bataille du livre électronique entre le Kindle® (Amazon) et le Nook® (Barnes&Nobles) vient d’être remportée par Kindle mais en lance une nouvelle, celle entre Kindle pour les romans et la fiction et Adobe pour les presses universitaires. Tout cela est sain, a du bon, fait du bien. On ne sait pas exactement si les réseaux sociaux ont vraiment favorisé les révolutions Arabes, mais on veut y croire quand même, pour tout ce que cela ouvre de possibles, d’avenir, d’espoir. Kindle rend 85% aux auteurs, au lieu des 10% traditionnels de l’édition depuis le début du siècle, si seulement ces pratiques commerciales étaient l’occasion de tourner beaucoup d’autres pages aussi. Nous verrons … en attendant »Les grands esprits échangent des idées, les esprits moyens discutent d’évènements, et les esprits faibles parlent de ce que les autres font.«

»Il n’y a rien de plus terrifiant que l’ignorance dans l’action.« (Phil Spector), autrement dit avant: In girum imus nocte et consumimur igni, et le CD bientôt aussi …